Objet : Appel à votre humanité et à vos bons offices auprès du président Paul Kagame pour la libération des prisonniers politiques au Rwanda et la paix en République démocratique du Congo
À Son Altesse Sérénissime Albert II, Prince souverain de Monaco
Monseigneur,
À l’occasion de votre présence au Sénégal, aux côtés notamment du président rwandais Paul Kagame, dans le cadre des célébrations olympiques, je prends respectueusement la liberté de m’adresser à Votre Altesse Sérénissime pour attirer son attention sur une réalité douloureuse qui mérite de ne pas être éclipsée par les festivités sportives : la situation des droits humains au Rwanda et les souffrances des populations civiles dans l’est de la République démocratique du Congo.
Les Jeux olympiques incarnent des valeurs universelles de paix, de fraternité, de dignité humaine, de respect mutuel et de solidarité entre les peuples. Ils devraient être une occasion privilégiée de rappeler aux dirigeants du monde que la grandeur d’une nation ne se mesure pas uniquement à ses performances économiques, à sa puissance militaire ou à son rayonnement international, mais également à la liberté et à la dignité qu’elle garantit à ses citoyens.
Monseigneur,
Votre proximité avec le président Paul Kagame à l’occasion de ces rencontres internationales vous offre une occasion précieuse de lui adresser un message de paix, de sagesse et d’humanité.
Je vous demande humblement de lui rappeler qu’un chef d’État ne devient pas plus fort parce que ses opposants politiques sont emprisonnés, réduits au silence, contraints à l’exil, portés disparus ou assassinés.
La valeur d’un dirigeant ne dépend ni du nombre de ses adversaires neutralisés ni de la peur qu’il inspire à ses concitoyens. Elle réside, au contraire, dans sa capacité à accepter la contradiction, à protéger les libertés fondamentales et à garantir que chaque citoyen puisse exprimer ses opinions sans craindre pour sa vie ou sa liberté.
Un président véritablement fort n’a pas besoin de prisons remplies d’opposants pour démontrer son autorité. Il trouve sa force dans la confiance de son peuple, le respect de la justice et la reconnaissance de la dignité humaine.
C’est pourquoi je vous prie, Monseigneur, d’user de votre influence morale et diplomatique pour inviter le président Paul Kagame à poser un geste historique de réconciliation nationale : la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes détenues pour l’exercice pacifique de leurs libertés fondamentales, notamment :
- Madame Victoire Ingabire Umuhoza, figure de l’opposition politique rwandaise ;
- Monsieur Déo Mushayidi, opposant politique ;
- Monsieur Théoneste Nsengimana, journaliste et responsable d’UMUBAVU TV ;
- Monsieur Dieudonné Niyonsenga, dit Cyuma Hassan, journaliste indépendant ;
- Et toutes les autres personnes emprisonnées en raison de leurs opinions politiques, de leurs activités journalistiques ou de leur engagement pacifique pour les droits humains.
Je vous demande également de plaider pour que toute la lumière soit faite sur les disparitions forcées, les assassinats dénoncés par les défenseurs des droits humains et les allégations de mauvais traitements infligés aux détenus.
Monseigneur,
Je voudrais aussi attirer votre attention sur la tragédie qui se déroule depuis trop longtemps dans l’est de la République démocratique du Congo.
Le président Paul Kagame doit comprendre que retirer les forces armées rwandaises du territoire congolais ne diminuerait en rien sa stature de chef d’État, ni la dignité du Rwanda.
Bien au contraire, un retrait militaire du territoire congolais, le respect de la souveraineté de la RDC et un engagement sincère en faveur de la paix rendraient le Rwanda plus respecté et son président plus respectable dans le concert des nations.
La puissance militaire ne saurait remplacer la légitimité morale. Une paix durable entre le Rwanda et la RDC serait une victoire infiniment plus grande que n’importe quelle conquête territoriale ou démonstration de force.
Les peuples rwandais et congolais ne sont pas condamnés à vivre dans la méfiance, la guerre et le deuil. Ils peuvent construire ensemble un avenir de coopération, de sécurité et de prospérité partagée.
Monseigneur,
Comment pouvons-nous célébrer les valeurs olympiques de fraternité et de paix tout en détournant les yeux des familles endeuillées, des enfants devenus orphelins, des femmes devenues veuves et des milliers de personnes déplacées par la guerre ?
À quoi sert-il d’allumer la flamme olympique si nous laissons s’éteindre, dans l’indifférence, l’espoir de ceux qui réclament simplement le droit de vivre libres et en paix ?
À quoi sert-il de célébrer la fraternité entre les nations si, derrière les discours et les cérémonies, continuent de résonner les cris des victimes, les pleurs des orphelins et les lamentations des veuves ?
La flamme olympique ne devrait jamais éclairer les stades tout en laissant dans l’ombre les souffrances des peuples.
Je ne vous demande pas de condamner publiquement votre interlocuteur ni de rompre les relations diplomatiques avec le Rwanda. Je vous demande simplement de faire entendre, dans un échange direct et sincère avec le président Paul Kagame, la voix de l’humanité.
Invitez-le à libérer les prisonniers politiques et de conscience. Invitez-le à ouvrir l’espace politique rwandais, à garantir la liberté de la presse et à permettre aux citoyens de participer pacifiquement à la vie publique.
Invitez-le également à contribuer réellement à la paix en République démocratique du Congo, notamment par le retrait des forces rwandaises de son territoire et le respect de son intégrité territoriale.
Monseigneur,
L’histoire ne retiendra pas seulement les cérémonies auxquelles les dirigeants auront assisté, les mains qu’ils auront serrées ou les photographies officielles qu’ils auront prises. Elle retiendra aussi les paroles courageuses qu’ils auront prononcées pour défendre la dignité humaine et les vies qu’ils auront contribué à sauver.
Votre Altesse Sérénissime a aujourd’hui l’occasion de rappeler qu’une rencontre entre dirigeants peut être davantage qu’un moment protocolaire : elle peut devenir une occasion d’agir pour la justice, la liberté et la paix.
Je forme le vœu que votre rencontre avec le président Paul Kagame puisse contribuer, même modestement, à faire avancer cette noble cause.
Car il n’y a pas de véritable esprit olympique sans respect de la vie humaine, pas de paix durable sans justice et pas de grandeur politique sans humanité.
Je vous prie d’agréer, Monseigneur, l’expression de ma très haute considération.
Fait en France, le 1er novembre 2026
Chaste GAHUNDE
Vice-Président du Parti ISHEMA